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Politique

Le journalisme dont Khaled Drareni est le nom

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Je devais parler de Blida, mais je vais parler de Khaled Drareni. Cas de force majeure, c’est la répression qui impose sa loi, c’est elle qui impose le sujet. Mais je le précise, mon cœur est aussi avec Blida. Nous sommes déjà tous des blidéens même si le régime fait mine de créer des frontières médicales et sécuritaires futiles. Blida, c’est notre front avancé contre le Corona, c’est d’elle que nous apprenons et c’est là que les travailleurs de la santé se débrouillent comme ils peuvent avec les moyens qu’ils ont (et surtout qu’ils n’ont pas le plus souvent) pour endiguer le mal.

Et c’est là aussi, et contrairement à ce qui se dit avec mépris sur le peuple, que les Algériens sont en train de montrer, une fois de plus, combien ils sont bons et bien, et combien ils savent se transcender et être solidaires. Contrairement aux clichés et aux poncifs de l’autodénigrement qu’on entend trop souvent, nous n’avons pas le gouvernement que nous méritons.

Loin de là!  Voilà une raison de plus pour parler de Khaled Drareni.

Il a un nom de martyr, Mohamed Drareni, son oncle qui est mort au combat et qui a été un des fondateurs de l’UGTA historique. C’est son héros, un homme ouvert et déterminé.. C’est son héros intime, son modèle. A la suite d’une des dernières interpellations suivie d’interrogatoire, il avait écrit que “la seule véritable violence que j’ai subie est qu’on remette en cause mon patriotisme, alors que nous étions à une centaine de mètres de la rue Mohamed Drareni (mon oncle paternel)”. Khaled vient d’avoir le soutien émouvant du fils d’un autre chahid, Maurice Audin.

Pourquoi je parle de ça? J’en parle parce qu’il y a des crétins qui effectivement, sans aucune honte, mettent en doute son patriotisme. Khaled n’en fait pas étalage, mais en matière de patriotisme, il n’a vraiment aucune leçon à recevoir.

J’ai connu Khaled Drareni, la première fois en 2008, je collaborais à un journal où il travaillait. Il était très jeune, j’étais déjà assez vieux. Khaled approche aujourd’hui de la quarantaine, j’ai plus de 60 ans et il me fait l’honneur d’être un ami.

Ma génération – pas seulement celle des journalistes – a raté sa part d’histoire, elle n’a pas pu ou n’a pas su prendre les choses en main. En 1992, au moment où il fallait être lucide et courageux, elle a cédé à la peur. C’était le moment difficile à vaincre et que nous avons raté et qui fait qu’on ne va probablement pas laisser de traces  significativeS dans l’histoire.

Khaled est d’une autre génération, moderne, ouverte sur le monde même si le régime a essayé de nous en couper. La génération de Khaled n’a pas eu une meilleure formation que la nôtre, mais elle est souvent plus positive, moins agressive. Moins sectaire.

Ma génération a été marquée par la peur et la domination des patriarches. Même quand elle se veut critique, elle emprunte des biais détournés, des codes, et en définitive contribue à rendre invisible ceux qui contrôlent nos destins sans avoir de compte à rendre. Même les meilleurs d’entre-nous, ont fait un journalisme “spécifique”, codé, allusif. Et qui en définitive ne gênait personne.

Pourquoi j’en parle aussi? Ce n’est pas pour décrier ma génération – Allah ghaleb 3liha, les ratages de l’histoire ne sont pas réparables – mais pour expliquer pourquoi le journalisme que fait Khaled Drareni est meilleur que le nôtre. Et que c’est bien pourquoi il n’est pas apprécié par ceux qui nous gouvernent

Ce journalisme, qui n’a pas la prétention d’être une conscience de son temps, montre et ne cache pas. Il n’utilise pas les termes codés, il nomme. Et pour un système où l’invisibilité est l’armure essentielle, cela est insupportable.

Khaled me rappelle le héros d’un roman, de Doctorow je crois, c’est un noir aux Etats-Unis qui rend les gens de l’establishment malades car il ne se conforme pas à l’assignation qui est fixé aux noirs par le système dominant. On lui demande d’être un noir selon l’assignation du système, lui agit en homme. Cela lui cause des problèmes fous, mais il ne renonce pas à être un homme.

Khaled et beaucoup de jeunes journalistes de sa génération agissent en journalistes et non en journalistes “spécifiques”. C’est bien pour cela qu’il est en avance. En rupture. Qu’il est déjà dans l’Algérie de demain où l’on nomme précisément les choses au lieu de louvoyer et de les cacher.

Salut à toi Khaled, tu es mon héros.

Cet article a été publié sur le Blog de Said Djaâfar, Maghreb Spirtit

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