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Politique

Peut-on faire un parallèle entre la guerre d’Algérie et le génocide juif ?

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Emmanuel Macron a suscité une vive polémique à la fin de sa visite en Israël le 22 janvier dernier. Le président français avait fait le parallèle entre la guerre d’Algérie  et le génocide juif durant la Seconde guerre mondiale. « Je suis très lucide sur les défis que j’ai devant moi d’un point de vue mémoriel, et qui sont politiques. La guerre d’Algérie est sans doute le plus dramatique. Je le sais depuis ma campagne. Il est là, et je pense qu’il a à peu près le même statut que la Shoah pour Chirac en 1995 », a-t-il déclaré à des journalistes. Il revient sur le sujet pour récuser toute comparaison entre la Shoah et la guerre d’Algérie. Historien et ancien président de la Fondation 8 mai 45, Mohamed El Korso revient dans cette entretien sur cette comparaison.

 

l-info.com : Le président français a établi un parallèle entre la guerre d’Algérie et le génocide juif durant la Seconde guerre mondiale. Peut-on comparer entre les deux ?

Mohamed El Korso : D’abord, il faut rappeler qu’Emmanuel Macron a eu des positions courageuses concernant le fait colonial lui-même en le qualifiant de « crime contre l’humanité ». C’était extrêmement important. Ensuite, il ne faut pas oublier que l’extermination de personnes en les asphyxiant, avec la fumée, a commencé chez nous en 1845 (les enfumades, NDLR). C’est-à-dire près d’un siècle avant la Seconde guerre mondiale.

Quand on sait que des tribus entières du côté de Mostaganem par exemple ont été asphyxiées, on peut dire que la France a indiqué le chemin et a même été précurseur dans ce domaine. La vie humaine n’avait aucune valeur pour les officiers de la colonisation. Ensuite la répression coloniale durant la guerre de libération nationale a été féroce.

Est-ce que la guerre d’Algérie et le génocide juif peuvent avoir le même statut ?

Les deux peuvent avoir le même statut dans la mesure où il s’agissait non pas de l’extermination d’un peuple en entier en Algérie mais de populations entières. Il faut revenir au rapport Rocard par exemple. Celui-ci évoquait 2,5 millions de personnes dans les camps où il y avait tous les jours des enfants qui mourraient de faim et des adultes qui mourraient faute de traitement. Ceux qui étaient dans les camps ne pouvaient évidement pas les quitter. C’était programmé et calculé.

Il ne faut pas oublier l’usage régulier des bombes au napalm. Cela avait un effet dévastateur. Donc, il y a eu, en effet, une massification de la mort et du meurtre. Il n’est pas question pour moi de nier l’Holocauste. C’est un « crime absolu » pour reprendre l’expression d’Emmanuel Macron. Les archives sont là. Mais il s’agit de rappeler que rendre à l’état d’esclave toute une population et de l’anéantir, c’était aussi l’intention des premiers officiers de la colonisation en Algérie.

C’est dans ce sens là que nous pouvons dire que ce qui s’est passé en Algérie peut aussi être comparé dans une certaine mesure et en faisant des raccourcis avec le génocide juif. Mais contrairement aux Juifs qui ont su rentabilisr leur histoire et construire toute une idéologie autour de la Shoah, l’Etat algérien n’a pas accordé la dimension politico-historique au fait colonial lui-même et pas seulement à la guerre de libération nationale. Celle-ci n’est que la suite de ce qui s’est passé durant le 19e siècle.

Comment l’Etat a-t-il traité ce dossier par l’Etat depuis l’indépendance ?

Il s’agit d’un traitement épisodique dans le cadre duquel on ressort la carte de la criminalisation de la colonisation quand elle sert les intérêts des gouvernants algériens. On n’utilise pas le fait colonial comme un objet historico-politique. La guerre franco-allemande a été féroce. C’est sur les vestiges de la guerre que s’est fait le rapprochement entre les deux pays quand  l’Allemagne a reconnu ses crimes.

Je crois qu’avec Emmanuel Macron nous avons une opportunité extraordinaire. Celle de développer cette culture  pour arriver à une espèce de reconnaissance du fait colonial comme étant un crime contre l’humanité afin de tourner la page parce que les deux peuples algérien et français ont la même histoire. Il ne faut pas oublier que la communauté algérienne est la plus importante en France. Il faut utiliser cette communauté et l’histoire pour bâtir une nouvelle politique.

 

 

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