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Politique

ENTRETIEN – Abderrezak Makri : « nous ne voulons pas rentrer dans une fitna »

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Président du Mouvement de la société pour la paix (MSP), Abderrezak Makri fait le bilan de la première année du Hirak. Dans cet entretien, il revient sur les promesses de réformes du président Abdelmadjid Tebboune et estime que nous sommes dans une « probable » période de transition démocratique. 

l-info.com : Samedi 22 février, les Algériens ont célébré le premier anniversaire du Hirak. Que retenez-vous de cette année de luttes et de manifestations ?

Abderrezak Makri : Il faut évaluer les acquis du Hirak sur une année selon ses premiers objectifs qui était bien déterminés. Le premier est l’annulation du cinquième mandat. Le deuxième est la nécessité de lutter contre la corruption qu’on pouvait comprendre à travers le slogan : klitou lbled ya serrakine (vous avez pillé le pays, vous êtes des voleurs !). Le troisième est le changement du système pour concrétiser la volonté populaire. Les Algériens ont appelé à appliquer les articles 7 et 8 de la Constitution. Le quatrième est le refus de l’ingérence internationale. Les Algériens ont principalement cité deux pays : la France et les Emirats arabes unis. Le cinquième est d’arriver à édifier un État civil et non militaire et une transition démocratique négociée entre le Hirak et le pouvoir.

Le cinquième mandat a été annulé. En matière de lutte contre la corruption, un pas essentiel a été franchi. Les symboles de la corruption, connus et détestés par le peuple, sont en détention. Et c’est quelque chose qui nous réjouit. Il s’agit d’un acquis fondamental qui permet de corriger l’échelle des valeurs.  Mais on n’est pas sortis de l’auberge.  Pour combattre la corruption de façon effective et pérenne, il faut que les institutions prennent le relais. On ne combat pas la corruption par la volonté d’un responsable politique ou d’un soulèvement populaire. Il faut que des institutions crédibles et légitimes prennent en main la lutte contre la corruption.

Est-ce que le cinquième objectif exprimé à travers le slogan « Etat civil et non militaire » a été atteint ?

Auparavant, l’armée a été contrainte de prendre les choses en main (en 2019, NDLR). Apparemment aujourd’hui, il y a eu une évolution favorable. Après les élections, il y a eu un président de la République avec qui nous parlons. Nous saurons si cet objectif a été atteint avec les réformes politiques qui seront engagées. Seront-elles profondes et effectives ?  Vont-elles nous mener vers des élections libres et transparentes ? Est-ce que les différentes institutions de l’Etat qui avaient l’habitude de s’immiscer dans les élections, dans le développement des rapports de forces politiques et les résultats resteront neutres ? Est-ce que l’administration, l’armée et les services de sécurité seront effectivement neutres par rapport à ces élections ?

Ces institutions étaient-elles neutres lors de l’élection présidentielle du 12 décembre ?

On ne peut pas le savoir car on n’a pas participé à la présidentielle. Cela dit,  tout le monde pourrait constater s’il y a ou pas un changement lors des prochaines élections législatives. Pour nous, le problème essentiel ou l’origine de tous les maux de l’Algérie dont la corruption, la dictature et la médiocrité, c’est la falsification des élections. Lorsque les élections sont truquées, nous avons un Parlement au service du pouvoir exécutif. Et lorsque nous avons un gouvernement qui découle des élections truquées, nous aurons une justice qui sera au service du pouvoir exécutif sans possibilité de transparence et de contrôle des affaires publiques.

Vous avez réaffirmé à plusieurs reprises votre soutien au président Tebboune. Voyez-vous des prémisses d’un changement ?

On le soutient dans le processus des réformes. Il a annoncé des réformes radicales pour la Constitution. Il a fait plusieurs déclarations en faveur du changement. On ne peut que se réjouir.  On estime qu’il faut lui donner du temps. On verra s’il y a une possibilité de faire des réformes profondes ou non au niveau de la Constitution et de la législation pour les prochaines élections législatives.

Certains partis dont ceux du Pacte pour l’alternative démocratique condamnent la contradiction entre le discours officiel et la réalité du terrain…

Samedi, on a également condamné cette politique vis-à-vis du Hirak. Nous avons notamment évoqué la fermeture de la capitale. Mais on soutient le président dans les réformes.  On ne voit pas les choses en noir et en blanc. Quand il y a des choses positives, on les soutient, et quand il y a des choses négatives, on ne les soutient pas. C’est tout à fait logique. Lorsque le président agit d’une façon politiquement acceptable, on le soutient. Lorsque les décisions ne sont pas acceptables, on ne les soutient pas.

Pour l’instant, les décisions du président Tebboune sont acceptables ?

On soutient les démarches pour les réformes. Je parle principalement de la Constitution, la législation et les élections législatives.

Lire aussi : Makri : le MSP « soutient les réformes initiées par le président de la République »

Qu’est-ce qui vous pousse à croire que les choses vont se passer différemment cette fois-ci pour la révision constitutionnelle ?

Ce sont les déclarations du président. De tous les temps, il n’est pas suffisant de réformer profondément les textes pour dire qu’on est dans la démocratie car il y a des textes et les comportements des responsables. Dans tout combat pour la démocratie dans l’histoire de l’humanité, la réforme des textes demeure quelque chose de fondamentale mais insuffisante.

Que retenez-vous des comportements des responsables sur le terrain ?

En ce qui concerne les réformes, on attend. Les déclarations sont très acceptables. On les soutient clairement et ouvertement. On espère que le président réussira dans les réformes. Nous sommes un parti qui est sûr de lui-même et on préfère être en compétition avec des forces très importantes et très compétentes.

L’élection présidentielle a-t-elle fait sortir l’Algérie de la crise ?

D’abord, tout le monde connaît notre position par rapport à l’élection présidentielle du 12 décembre. On n’était pas contre le scrutin mais on a décidé de ne pas participer. Ensuite pour répondre à votre question, je dirai que cela dépendra de la politique du président et de son gouvernement.

Lire aussi : Ce que se sont dit le président Tebboune et Makri

La politique est d’ores et déjà mise en œuvre et le gouvernement est là depuis plusieurs semaines…

Ce n’est pas suffisant pour prononcé un verdict. On ne peut pas juger un gouvernement ou un président qui a été élu cela fait quelques mois. On était clair en disant qu’il faut donner le temps au président et à son gouvernement.

Combien de temps vous leur donnez au MSP ?

L’événement primordial et essentiel qui révélera les véritables intentions du pouvoir en place, ce sont les élections législatives. Si ce scrutin sera truqué, cela veut dire que tout ce qui a été dit est faux. Si les élections sont claires et transparentes, le président aura des partenaires. Le gouvernement découlera d’un Parlement crédible et transparent.

 Le MSP focalise toutes ses énergies sur les prochaines élections législatives…

C’est l’objectif le plus proche. Dans la philosophie de la transition démocratique, il y a des étapes : la transition vers la démocratie et puis sa consolidation. On est toujours dans la phase de la transition démocratique.

On est donc dans un processus de transition démocratique selon vous ?

On est dans un processus de transition probable. C’est-à-dire qu’il y a une possibilité qu’on soit véritablement dans une transition. Cela va être confirmé le jour des élections législatives.

Un DG des douanes a été nommé avant que cette décision ne soit annulée. D’autres événements de ce genre ont suscité de nombreuses questions. Quel est votre point de vue là-dessus ?

C’est quelque chose de très étrange et d’incompréhensible qui ne peut être en adéquation avec une gouvernance transparente. Mais je n’ai pas d’informations là-dessus. S’il y a de la transparence, on aurait su ce qu’il s’est passé.

Vous avez participé à la marche du vendredi après plusieurs mois d’absence…

Je n’étais pas absent durant plusieurs mois. Des fois je sors et je fais des déclarations. D’autrefois, je ne parle pas. Évidemment, je ne sors pas chaque vendredi parce que j’ai beaucoup d’activités et de voyages. Mais chaque semaine, il y a des responsables du bureau national qui sont dans la manifestation. Chaque semaine, on envoie des directives à nos structures pour participer au moins symboliquement.

Quelle est la position de votre parti par rapport au Hirak qui se poursuit et qui continue à réclamer un changement radical du système?

Le Hirak a plusieurs composantes. Du moment qu’il reste pacifique, respectueux de sa diversité, et qu’il émane d’une véritable volonté des Algériens, il n’y a pas de mal qu’il continue car il aide à accompagner la transition.

Quant au changement, ce dernier passe par les élections. Il faut que les gens assument leurs slogans, leurs idées et responsabilités. Est-ce qu’il y a des gens qui veulent un coup d’Etat contre le président ? Non, tout le monde accepte la réalité.

Samed 2 février, des milliers d’Algériens ont pris part à la marche qu’ils voulaient la terminer à El Mouradia. Qu’est ce que cela signifie pour vous ?

S’agit-il d’aller à El Mouradia pour exprimer des revendications bien précises ou aller pour un soulèvement contre le président ? Au MSP, nous ne sommes pas dans cette logique. Il y a eu une élection à laquelle nous ne sommes pas opposés. Un président a été élu. Nous sommes partenaires avec lui dans les réformes. Nous ne voulons pas rentrer dans une fitna. Pour nous, si le président veut réussir son mandat, qu’il aide à une véritable transition démocratique. Et tout cela sera confirmé dans les élections législatives et locales. C’est notre combat.

 

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